Cet entretien a eu lieu le 11 août 2012 à Otcheia (région d'Arkhangelsk), Russie, au domicile de l'interviewé. Il a été mené par Oleg Ugryumov et Hélène Mondon. L'entretien a été réalisé en russe. Il a duré 1 heure et 47 minutes.
BiographieLeonid Neïzer est un Allemand d’Ukraine né en 1936 dans la région de Kiev. En 1943, sa famille — composée de ses parents, son frère et sa sœur — est évacuée en Pologne par les autorités d’occupation qui leur disent que s’ils ne partent pas, ils seront tués par les Russes. Ils partent sans escorte, resteront environ 6 mois en Pologne. Il y fera sa première classe. Puis leur père est mobilisé dans l’armée. Ils perdent sa trace. Le reste de la famille est envoyé en Allemagne. En 1945, ils sont rapatriés en URSS. Ils sont d’abord conduits dans le district de Priozernyj, dans le village spécial « 1 yj kvartal ». Leonid est alors atteint de dystrophie. Il reprend l’école et finira sa 4e classe au village spécial « 9 yj kvartal » où la famille est de nouveau déplacée au gré des coupes de bois. Dans le contexte du « remembrement des familles », ils rejoignent le grand-père maternel et l’oncle déportés à Pantyj en 1946 qu’ils retrouvent grâce à la Croix rouge. Ils font un long voyage pour rejoindre Pantyj, où ils s’établissent en 1949. Leonid travaille d’abord avec son grand-père (forgeron) comme assistant, puis il est envoyé suivre une formation à Kharitonovo pour devenir tractoriste. Il revient ensuite à Pantyj où il travaille un temps avant de repartir faire son service militaire dans le district de Njandoma (de 1957 à 1959). Après son service il revient à Pantyj et y travaille comme chauffeur pour le transport du bois. Il reçoit un salaire, la vie commence à se normaliser. Pendant son absence à l’armée, beaucoup de déportés allemands, amnistiés en 1954, avaient quitté Pantyj pour le Kazakhstan, notamment sa sœur. Ils retrouvent également leur père exilé au Kazakhstan, puis en Kirghizie où il est mort. Dans les années 1960, des travailleurs libres sont appelés à peupler Pantyj qui s’est vidé de sa population déportée. En 1970, le village de Pantyj ferme, car il n’y a plus de travail. Les habitants sont de nouveau déplacés, à Otcheja, où on leur donne logement et travail. Le village de Pantyj, construit par les « koulaks » en 1930, est alors abandonné. De nombreux habitants partent s’installer à Jechart (République Komi) où une usine est en construction. Leonid souhaitait aussi partir en Allemagne, mais il a fini par y renoncer. Il a été réhabilité dans les années 1990, après avoir fait une requête à la Direction des Affaires Intérieures d’Arkhangelsk. Il a pris sa retraite en 2012, récompensé pour son travail par des centaines de titres honorifiques. Aujourd’hui, il a une nouvelle compagne avec qui il vit toujours à Otcheja. Le village connaît le même sort que Pantyj, il n’y a plus de travail, les gens partent, mais cette fois sans aucune prise en charge de l’État.